L’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs est une grande école d’art et de design. Elle forme des créateurs dans les métiers de l’architecture intérieure ainsi que dans neuf autres disciplines artistiques.


ENSAD - Laurence Sudre et Philippe Chancel

Trois ans après leur sortie d’école, 85 % des diplômés exercent une activité rémunérée correspondant à leur qualification. Les formations de très haut niveau délivrées par l’EnsAD sont reconnues dans le m

onde entier. Le diplôme, habilité au grade de master, le développement d’un laboratoire de recherche et les nombreux partenariats engagés tant en France qu’à l’étranger placent l’établissement en tête des écoles européennes d’art et de design les plus performantes. Rencontre avec Geneviève Gallot, directrice de l’EnsAD depuis 2009.

Quelle est la spécificité de l’EnsAD ?

L’Ecole a été créée en 1766, sous l’ancien régime, par le peintre du Roi, Bachelier, comme école royale de dessin. Elle est ensuite devenue école de dessin et de mathématiques et a toujours gardé cette vocation qui la conduit à conjuguer les arts, l’industrie et l’innovation. Depuis deux siècles et demi, elle est fidèle à sa vocation première, tout en ayant à chaque étape de son existence fait les adaptations qui lui permettent de rester en phase avec son époque. L’EnsAD est donc une école ancienne, aujourd’hui résolument tournée vers la création, l’innovation, la recherche et qui prépare des jeunes gens à exercer des métiers de création dans dix domaines différents. Notre très forte spécificité est bien celle-là, puisque nous sommes la seule école en France à occuper cette position : offrir dix secteurs de formation différents ayant des liens entre eux. Ces secteurs se déclinent autour de trois thématiques : l’espace, l’image et l’objet. En Espace, nous avons ainsi l’architecture intérieure, l’art-espace, la scénographie. En Objet : le design objet avec le mobilier et le design industriel, le design vêtement, le design textile et matière. En Image : le cinéma d’animation, la photo / vidéo, l’image imprimée, le design graphique multimédia… Au-delà du cursus initial de cinq ans, nous avons un cycle de recherche qui s’intitule EnsAD Lab, un laboratoire de recherche qui accueille une cinquantaine de jeunes chercheurs parfois également inscrits en doctorat à l’université. L’ADN de l’Ecole est réellement la pluridisciplinarité avec cette idée de croisement  et de fécondation mutuelle entre les disciplines.

Comment se passe la sélection des élèves à l’entrée de l’Ecole ?

Le concours d’entrée en première année est très difficile. Sur 2600 candidats, nous en avons pris 87 en 2010. Le taux d’admission est donc de 3,35 %.  Le concours, hautement sélectif, présente un dispositif d’épreuves bien équilibré entre des épreuves pratiques, de réflexion et des entretiens qui doivent permettre au jury en trois phases successives d’identifier des jeunes gens dont on sentira un potentiel exceptionnel par rapport à des métiers et à une formation difficiles.

Quels sont les bénéfices des échanges avec les entreprises ?

Nous sommes très sollicités par les entreprises ou les institutions culturelles. Nos étudiants travaillent alors sur des projets intéressants et utiles pour eux. Il est fondamental qu’ils aient des expériences variées. Avec les entreprises, ils sont placés en situation de réponse à une commande, comme ils seront amenés à le faire plus tard, dans le cadre de leur vie professionnelle.

Il existe également des collaborations avec des institutions culturelles, comme avec le musée du Quai Branly ou avec le centre Pompidou .

Pourquoi les entreprises font-elles appel aux étudiants ?

Elles savent qu’elles vont  trouver des esprits créatifs en prise directe avec la recherche et l’innovation. Nous sommes très exigeants envers les projets que nous retenons afin de nous assurer qu’ils auront réellement un sens pour l’étudiant au plan de l’enrichissement de son parcours pédagogique.

Les liens avec les entreprises se poursuivent dans le cadre des stages que font les étudiants. Au cours des cinq ans, il y a un stage obligatoire en entreprise pour une durée d’au moins trois mois, qui peut se faire à l’étranger.

Quels sont vos actions avec l’étranger ?

Nous avons 65 partenariats internationaux, un réseau très vivant, au sein duquel nos étudiants peuvent réellement faire des « mobilités académiques ». Ils ont la possibilité de partir un semestre dans une université à l’étranger pour obtenir les crédits (ECTS) de leur formation (licence, master, doctorat). Ils peuvent faire une mobilité académique de six mois puis parfois un stage dans le même pays.

Quels sont les autres partenariats de l’école ?

L’EnsAD met en place des partenariats avec des institutions académiques et de recherche comme Sciences Po, l’Ecole des mines, les ingénieurs du MIT de Boston… Les étudiants ont alors des cours en commun, des workshops…

Ce sont des partenariats très structurants pour la pédagogie de l’école.

L’EnsAD et l’UNIFA ont conclu un accord de partenariat permettant la mise en œuvre d’un workshop innovant intitulé « Quelle capsule pour recevoir ? »

Rencontre avec Isabelle Guédon, coordinatrice du secteur Design Textile et Matière, responsable pédagogique du plateau « Quelle capsule pour recevoir ? », partenaire de l’UNIFA et des éditeurs textile.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce Plateau ?

En deuxième année, les élèves choisissent jusqu’à la fin de leur cinquième année un domaine spécifique parmi les dix qu’offre l’école et ils auront pendant tout le déroulement de leur scolarité des moments de rencontres, de croisements avec les autres secteurs de spécialisation. En deuxième année, les « plateaux » proposent des projets communs qui permettent pendant trois semaines aux élèves de tous les secteurs de travailler ensemble.

Dominique Picquier, éditrice de tissus d’ameublement et membre de l’Unifa, qui est aussi enseignante à l’EnsAD, a eu l’idée de cette rencontre entre les éditeurs de tissus de l’Unifa et l’EnsAD. Les maisons prestigieuses qui ont été approchées (Declercq Passementier, Fischbacher, Lelièvre, Philippe Parent Studio, Rubelli) ont eu envie de tenter l’aventure et de voir comment on peut envisager leurs tissus aujourd’hui. Car les jeunes architectes d’intérieur se tournent un peu moins vers le tissu d’ameublement considéré comme un matériau classique. Pourtant ces matières ont un énorme potentiel si l’on sait les envisager avec un regard contemporain. Nous avons trouvé un sujet très créatif avec les maisons, il fallait rester en phase avec la qualité des produits tout en proposant quelque chose d’inédit. Nous devions trouver des mots qui puissent allier les deux notions ; « capsule » qui exprime ce côté contemporain de mise en scène éphémère, « recevoir » qui reflète un côté désuet traditionnel mais moderne à la fois.

Comment ont réagi les entreprises ?

Cela a été très enrichissant, tant pour les entreprises que pour les élèves. Elles ont été très étonnées du résultat. Nous n’étions volontairement pas dans du produit commercial, car ces entités ont besoin d’un rapport à l’image et leur permettant d’envisager de nouvelles perspectives. Les maisons ont été complètement emballées. Deux des installations vont rejoindre les showrooms des maisons en attendant l’exposition de tous les projets au VIA en novembre, dont 3 réalisés à l’échelle 1 (je ne sais pas si on peut ajouter la participation à la nuit Blanche car on attend la confirmation du responsable de l’église Saint Eustache pour la validation définitive ?). Ce fut pour elles un vrai déclic et ont reconnu dans nos élèves leurs futurs collaborateurs.

Quel était le bénéfice pédagogique pour leurs étudiants ?

C’était très stimulant pour les élèves car un peu sans limite tant qu’ils restaient dans le cadre du concept qu’ils s’étaient fixé. Nous avions la crainte qu’ils ne comprennent pas d’emblée le sujet et que la notion de « textile d’ameublement » les enferme dans les codes existants ou que leur génération ne voit pas tout de suite la richesse de création que recèle cet univers du tissu d’ameublement. En présentant les choses sous l’angle de la possibilité d’exploser les codes et le rapport à l’espace, à l’image, à la relecture de ces matières, ils ont tenté le pari, et étaient finalement très motivés. Ils ont compris que le but était de reconsidérer ces matières comme des constituants de l’espace à part entière et pas seulement comme des éléments de décoration que l’on vient plaquer sur un mur ou un fauteuil. Nous avons eu une inscription en masse, 41 élèves ! Ils ont découvert les technologies ancestrales de que ces maisons utilisent encore pour confectionner le tissu d’ameublement. La première technique inventée par l’homme est le tissage et elle est toujours d’actualité et sans cesse tournée vers l’innovation. En découvrant la structure très complexe des tissages, de nombreux élèves de la section espace (scénographie et architecture d’intérieur) ont vu des potentiels incroyables de valorisation de la structure du tissu en rentrant ainsi dans la technique. Ils ont été bouleversés par l’envers du tissu en voyant la finesse de l’endroit et l’épaisseur de ces écritures très modernes qui montrent aussi tout le travail qu’il y a derrière.

Les élèves sont littéralement tombés amoureux de la matière. Et voir qu’ils pouvaient faire quelque chose de complètement contemporain avec du « classique », les a rendus très fiers. Ils ont compris ainsi qu’ils apportaient réellement quelque chose de nouveau à une très belle matière et que le textile n’était pas réservé qu’aux élèves du textile et que chacun peut y projeter sa vision à sa manière.