Camondo forme architectes d’intérieur et designers depuis plus de soixante ans. L’école revendique comme une spécificité la transversalité des deux disciplines.


Portes ouvertes Camondo - Charlie Abad

Soutenu après un cursus de cinq ans, le titre d’architecte d’intérieur-designer de l’école Camondo a obtenu le plus haut niveau de reconnaissance attribué par le répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

L’école propose par ailleurs un Cycle d’initiation à l’espace d’un an qui prépare à l’entrée dans les écoles publiques ou privées d’art, d’arts appliqués et d’architecture, accessible également à des professionnels en formation complémentaire.
Rencontre avec Pascale Boulard, directrice de l’école Camondo depuis dix ans.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de l’école ?

L’école appartient à l’institution des Arts Décoratifs. C’est une association loi 1901 dont un secteur est conventionné et l’autre non. Le secteur subventionné est celui des musées :  le musée de la mode, le musée des Arts Décoratifs et le musée de la publicité appartiennent à l’institution et sont une vraie référence en matière d’Arts décos. Un quatrième musée, rue de Monceau, est le musée Camondo, légué en 1936 par son propriétaire Moïse de Camondo. grand collectionneur d’art du XVIIe. Il avait réuni de magnifiques collections d’objets, de mobilier, de tapis, de tableaux et avait, pour contenir toutes ces collections, fait construire un hôtel particulier d’une incroyable modernité dans sa conception. Il a légué à l’état toute sa collection avec l’hôtel. L’école naît après sa mort et après la deuxième guerre mondiale. L’institution des Arts déco a eu pour charge de gérer les collections et le musée, de montrer et de restaurer ses œuvres. En 44-45, l’idée naît d’ouvrir une école les statuts même de l’association revendiquent un rôle éducatif sur ce que sont les arts décoratifs. En 1945, huit étudiants sont inscrits.
L’école, non subventionnée, est privée. Elle s’ouvre sur l’idée de former des concepteurs capables d’appréhender des univers entiers, de gérer à la fois la question de l’espace (architecture d’intérieur) mais aussi d’inventer, de dessiner, de suivre la fabrication des composants : mobilier, luminaires, arts de la table.
Un des premiers grands diplômés de l’école est Pierre Paulin. Nous avons également eu dans nos murs Philippe Starck qui y a passé trois ans, Jean-Michel Wilmotte, Mathilde Brétillot. Dans les années 60, l’école prend une vraie envergure avec l’avènement du design, l’ère industrielle. Elle propose une formation d’une durée de cinq ans depuis fort longtemps (avant même les normes européennes licence, master, doctorat).

Quelle est la spécificité de l’école?

Le cursus dure cinq ans. Les étudiants vont avoir systématiquement deux ateliers d’architecture intérieure et de design et en dernière année ils s’affirment dans les deux dimensions.
Camondo a une autre particularité : tous les enseignants de l’école sont des professionnels : architectes, architectes d’intérieur, designers, graphistes, philosophes, historiens. L’école reçoit des élèves qui ont déjà une année de formation. Ils ont tous fait une année de préparation en Arts plastiques. Ensuite, ils entrent chez nous sur concours. Ils ont obtenu leur baccalauréat, ont fait une première année puis concourent pour entrer à l’école Camondo.

Comment se passe le concours d’entrée ?

Le concours se fait en deux temps : une journée d’épreuves plastiques, théoriques, écrites, de volume et de dessin. Il y a six heures d’examen, un entretien au cours duquel l’étudiant reparle de ses épreuves et présente un dossier personnel. L’entretien est très personnel, l’étudiant doit avoir l’esprit curieux, avoir un vrai engagement et une vraie motivation. Une fois les étudiants classifiés il y a 300 candidats et moins de 25 % sont admis. Il ne faut pas oublier que nous sommes une école privée. L’école n’étant pas subventionnée, son budget repose sur les frais d’inscription. Une année d’inscription à l’école coûte 7350 euros par an pendant cinq ans. Depuis 2008, nous avons mis en place un mécénat pour permettre aux étudiants de financer leurs études et nous avons des commissions d’aides qui se réunissent deux fois par an. Tous les étudiants peuvent obtenir une bourse du Crous et la possibilité de réduire de 500 à 4350 euros les frais de scolarité. 275 étudiants constituent le cursus de cinq ans et environ une vingtaine d’étudiants sont aidés.
Il y a aussi un cycle d’initiation à l’école que les étudiants peuvent intégrer post bac pour préparer aux différentes écoles, y compris les écoles d’art privées ou publiques sauf Estienne, Boule et Olivier de Serre, qui exigent que la mise à niveau se passe chez eux.

Comment se déroule le cursus ?

Nous avons une pédagogie progressive. Le programme de cours est séparé en trois grandes unités d’enseignement : l’unité « Projet » qui favorise l’esprit de synthèse et une démarche prospective ; « l’Expérimentation », où l’on favorise une démarche plus qu’un résultat ; « Outils du projet » où l’on retrouve aussi bien les outils de représentation, le dessin, la communication que les outils numériques et culturels. Nous avons également des cours d’écriture, d’histoire, d’art contemporain, d’architecture et de design. Nous avons un premier cycle de trois ans à l’issue duquel les étudiants soutiennent un certificat de validation de premier cycle en architecture intérieur et design de l’école Camondo. Le deuxième cycle de deux ans est le cycle de la maturité. La quatrième année est une année laboratoire où les étudiants vérifient leurs compétences. L’année du diplôme est une année où ils présentent deux grands projets et un mémoire qui concerne nos disciplines. Les étudiants y traitent un sujet imposé sur une thématique commune d’architecture intérieure et de design. Cette année, par exemple, ils ont travaillé sur la mairie, la représentation municipale, la chose publique. Ils pouvaient soit travailler sur la réhabilitation de la mairie du 10e, soit travailler pour le mobilier de la mairie ou sur ses espaces extérieurs.

Existe-t-il un système d’équivalences qui permet aux étudiants au parcours atypique d’intégrer l’école ?

Il existe un système d’équivalences pour ceux qui ont des parcours différents, qu’ils soient étrangers ou qu’ils sortent d’autres filières.
Nous avons aussi des étudiants qui passent des BTS et décident de nous rejoindre plus tard. Mais en général nous n’acceptons pas d’étudiants en deuxième cycle puisque nous considérons que le tronc commun de troisième année, c’est la formation Camondo, qu’ils ont atteint une autonomie en cinquième année. Mais nous prenons assez régulièrement des étudiants en deuxième ou troisième année.

Quelle est, selon vous, la meilleure préparation pour intégrer l’école Camondo ?

Il n’y en a pas une. Je recommande aux étudiants de faire une année de préparation, ici ou ailleurs. Ce qui nous intéresse c’est un groupe hétérogène en première année avec des personnes qui viennent d’univers très différents. Nous avons des gens qui ont fait du droit, médecine, une comédienne, un danseur à l’opéra qui s’intéressent aux problématiques de scénographie. Il faut vraiment une année pour vérifier l’intérêt réel de l’étudiant, sa capacité à produire, à réfléchir.

Quels types de partenariats avez-vous mis en place ?

Les partenariats avec les entreprises sont très importants, car ils mettent l’étudiant en présence d’univers qu’il ne connaît pas encore. Une fois leur diplôme en poche, ils  leur permettent d’intégrer des univers en sachant s’adresser à des clients ou à des commanditaires. Ils sont mis en place dès la deuxième ou la troisième année. Un même étudiant qui a passé cinq ans à l’école aura été confronté à des problématiques extrêmement diverses : nous avons travaillé aussi bien avec les taxis G7, Jardiland, la RATP, le musée Guimet, Interface Floor, Bouygues.

Les étudiants ont-ils des stages à faire ? A l’étranger ?

Tous nos étudiants font des stages professionnels durant leur période d’été qui peuvent durer de 1 à 3 mois. 10 % des stages se font dans des entreprises à l’étranger. 10 % de nos étudiants viennent de l’étranger. Nous envoyons un certain nombre d’étudiants en échange pendant six mois en début de troisième ou de quatrième année. Nous avons des accords avec l’Argentine, le Québec, la Belgique…

Quelles sont les qualités requises pour être un bon architecte d’intérieur ?

Il faut être capable de bien envisager un espace, bien traiter les finitions et tenir compte des ambiances. Il faut avoir le souci du détail et toujours se demander comment les choses vont être fabriquées pour que le résultat ne soit pas décevant.
Il ne faut jamais avoir d’idées préconçues, un espace a une vie et une histoire. C’est mettre en adéquation une capacité à innover mais en tenant compte du contexte. Il faut toujours commencer par cultiver le sujet, essayer de comprendre le contexte, les gens que l’on a en face de soi. Avant de produire, il faut comprendre la question pour pouvoir y répondre et ne jamais sous-estimer les interlocuteurs que ce soit des particuliers ou des professionnels. Il faut être psychologue, ne pas imposer sa seule vision.